Articles et rapports

20 février 2007 :
Tribune libre

Article paru sur le Site de commémoration du 50ème anniversaire du Traité de Rome

Cinquante ans après la signature du Traité de Rome, la France n’est plus le foyer d’impulsion de la construction européenne qu’elle a été. Pourtant les Français ont besoin d’Europe et l’Europe a besoin de nous. Pour acquérir le désir et la force d’un nouvel engagement, il faut retrouver l’esprit des pionniers mais aussi dissiper les malentendus.

L’Europe ne se construit pas comme une nation et elle n’est pas un prolongement de la France servant à nous protéger et conforter notre statut de puissance. C’est une Communauté où des peuples différents veulent partager des projets et des actes. Cela ne va pas sans esprit de compromis, sans connaissance des autres et recherche constante de l’intérêt mutuel. Encore faut-il que les gens puissent se rencontrer. Un correspondant m’écrit : « J’ai fait trois fois le voyage du Gers vers Paris dans ma vie… alors, la Pologne… ». Quand Jean Monnet déclarait « nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes », il désignait le but, mais il faut reconnaître que nous en sommes loin. Des élites, généreuses et éclairées, ont construit l’Union avec le consentement des peuples. Cela n’enlève rien à la qualité de l’œuvre et du compromis, mais en indique les limites.

A défaut de la Communauté politique et de défense que la France a elle-même refusée, les Européens ont commencé par bâtir un marché. Il a permis un développement impétueux des échanges mutuels. Quel formidable progrès par rapport à 1918 : après la première guerre mondiale, les vainqueurs ont imposé à l’Allemagne de lourds dommages de guerre, les nations se sont repliées, la misère a perduré, et les antagonismes se sont exacerbés. Après la seconde guerre, le choix du marché et de la coopération économique a été un facteur essentiel de croissance et de prospérité pour chacun des membres. Et mesurons bien le fait qu’un marché est aussi un espace de vie commune : abolir les frontières et promouvoir la liberté de circulation est un humanisme et non pas une simple affaire d’intérêt.

L’autre compromis a concerné le système institutionnel. Deux options s’opposaient : la formation d’un Etat supranational ou la coopération entre des Etats souverains. La première était refusée, la seconde – gaulliste – prêtait aux gouvernements des vertus et capacités qu’ils n’ont pas spontanément : promouvoir un intérêt général européen par-dessus les divergences d’intérêts nationaux. Le bon compromis a consisté à créer des institutions communes mais placées sous le contrôle des Etats et n’agissant que dans le respect de délégations précises de compétences. Ainsi les Etats se sont obligés à régler leurs conflits par le droit et à avancer ensemble. Cette méthode a permis de belles réalisations, mais elle apparait aujourd’hui technocratique et éloignée des citoyens.

La Convention présidée par V. Giscard d’Estaing a voulu retrouver les citoyens en proposant une Constitution. Manifestement cette voie était prématurée. Les Européens expriment d’abord le besoin de projets qui répondent aux grands défis du XXIème siècle. Et beaucoup de Français pensent que fabriquer un marché ne suffit pas, ce qui est vrai, à condition de ne pas mépriser ses apports considérables et ceux de la monnaie unique. Aussi, plutôt que la voie constitutionnelle, la priorité pourrait être donnée à la promotion de politiques communes pour l’énergie et l’environnement, la société de la connaissance et l’emploi, la sécurité et l’immigration… Et sans passer par pertes et profits le travail de la Convention, on reprendrait plusieurs de ses avancées afin d’améliorer la capacité de décision dans les institutions communautaires.

Cette étape mesurée et raisonnable appelle un grand sens de leurs responsabilités de la part des gouvernements. Elle emprunte l’esprit de compromis qui a permis à l’Union d’avancer. Mais voyons plus loin si nous voulons stopper les replis nationaux, dépasser les malentendus, et retrouver la perspective de Jean Monnet : unir des hommes. Mon correspondant du Gers m’écrit : « il faut une Europe de tous les citoyens ». C’est aujourd’hui un impératif.

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