Articles et rapports

9 janvier 2015 :
Nous sommes Charlie

Philippe Herzog et Claude Fischer prennent position.

L’attentat contre Charlie Hebdo soulève l’émotion et remplit de tristesse.

Rendre hommage aux journalistes assassinés commence par la reconnaissance de la valeur de leur travail. L’impertinence dont ils faisaient preuve allait de pair avec une critique empreinte d’un profond humanisme.

Partager le souci de l’unité est indispensable, et participer au rassemblement de dimanche est important. Le moins qu’on puisse dire ensemble est le refus du terrorisme. Mais le cri « Je suis Charlie » va bien au-delà, il doit témoigner de la volonté de poursuivre un combat.

Un combat pour la liberté d’expression, mais plus précisément contre sa destruction par l’islamisme radical. Dire pour se rassurer « Ce n’est pas l’Islam » n’aide pas à en prendre conscience. Ce que les assassins veulent tuer avec Charlie Hebdo ce n’est pas la liberté d’expression en général, mais toute critique de l’islam susceptible de nuire à leurs dérives radicales. Provoquant la peur, ils veulent imposer un tabou. Et tandis que la liberté d’expression critique serait là interdite, elle resterait déployée sans aucun frein sur le net pour inciter au crime. Il est temps de réfléchir à la dimension idéologique du combat contre le radicalisme islamique et à l’encadrement de la liberté d’expression sur le Net.

La guerre de type nouveau qui nous est imposée appelle tout autant un renouvellement de notre approche de la laïcité. Si l’on ne conçoit la religion que comme une affaire privée, on ne pourra pas faire face aux évènements. Certes notre Etat républicain combat tout acte de haine et d’intolérance, mais cela ne suffit pas. Dans le monde arabo-musulman la religion a et gardera une place dans la vie politique, y compris dans les importants processus démocratiques en marche. Et en fait, dans la plupart des pays du monde, la religion s’exprime dans l’espace public. Pour faire reculer la radicalité islamique, on ne doit pas s’arrêter à la proclamation des valeurs républicaines. Un vaste travail d’éducation et d’information sur les rapports entre religion et politique est indispensable.

Cela passe notamment par un dialogue public en profondeur et permanent avec les communautés musulmanes : le meilleur soutien que l’on puisse offrir à un islam démocratique réside dans cette coopération.

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