Articles et rapports

12 juillet 2012 :
Compétitivité industrielle : le trou noir de la stratégie européenne de croissance

Editorial paru dans Interface n°78, juillet 2012.

Le Sommet de juin a marqué des progrès significatifs, notamment en ouvrant la perspective d’une Union bancaire via la recapitalisation directe des banques en difficulté et en enclenchant un mouvement décisif pour briser les liens menaçants qui existent entre dettes bancaires et dettes souveraines. Mais le chemin sera long. Plus inquiétant encore : les sujets qui n’ont pas été abordés au Conseil sont tout aussi cruciaux. La construction de la croissance n’est pas encore sur les rails. Le « growth compact » de la Commission, agréé par le Conseil du 29 juin, est de portée limitée, car la solution du problème crucial des déséquilibres au sein de l’Eurozone et de la compétitivité industrielle de l’Union et de la plupart des Etats membres ne fait l’objet d’aucune stratégie.

Le rapport de MM. Van Rompuy, Barroso, Juncker et Draghi remis au Conseil a le grand mérite de proposer une perspective complète d’intégration pour l’Eurozone : financière, budgétaire et de politique économique. Pour le moment toutefois, ce dernier chapitre reste très en-deçà de ce dont l’Europe a besoin. C’est pourquoi, j’ai présenté, dans le Revue de Confrontations Europe, les grandes lignes d’une « stratégie industrielle européenne fondée sur la coopération ». Philippe Maystadt vient de lui apporter son soutien lors d’une réunion publique (cf page 2). Il souligne que l’industrie (et les services qui lui sont associés) demeure plus que jamais le moteur de la croissance, de la productivité et de l’exportation.

Cette stratégie se heurte à un obstacle fondamental : l’âpreté de la concurrence entre les Etats européens et entre les acteurs industriels. Ceci a conduit à une polarisation industrielle autour de l’Allemagne et quelques pays proches, et à une désindustrialisation accélérée ailleurs. C’est le facteur principal de désintégration de l’Eurozone, espace où 17 Etats partagent une monnaie unique. Il n’y a que trois réponses possibles. Bâtir une union de transferts en solidarité avec les pays victimes de désindustrialisation : c’est exclu. Multiplier la mobilité transfrontière des travailleurs : c’est très difficile. Une stratégie de convergence et de solidarité pour que chaque pays puisse promouvoir sa compétitivité industrielle, ce qui exige d’inventer et de multiplier les coopérations entre les pays et les firmes : c’est la troisième réponse, celle que nous proposons.

Coopérer, c’est créer les conditions effectives de la diffusion et du partage de l’innovation, c’est partager des projets d’investissements humains et productifs et mutualiser des ressources pour diminuer les coûts unitaires. Les coopérations doivent être décentralisées : interrégionales, intersectorielles, pour la construction des filières, pour partager des réseaux communs d’infrastructures de services. Mais un niveau centralisé de coopération est également nécessaire, pour bien construire le marché, créer la synergie, mettre en cohérence ressources et investissements, s’assurer de la convergence.

Le SMA veut fournir le socle d’une nouvelle croissance. Les nombreuses réalisations sont appréciables mais le but est encore loin d’être atteint. Le socle moteur de l’innovation, le modèle et les structures de financement des investissements productifs, les marchés dynamiques de la formation et de l’emploi ne sont pas encore construits. Conseil et Parlement européen doivent s’impliquer, aux côtés de la Commission pour un agenda ambitieux de deuxième étape du SMA. Voici donc quelques suggestions pour un SMA 2 en trois piliers : construction de marchés européens de la formation et de l’emploi pour valoriser le capital humain ; construction de marchés et de structures pour les coopérations technologiques, intersectorielles et interrégionales ; changement des modèles d’intermédiation pour réussir à financer l’investissement et assurer une meilleure cohérence entre épargne et investissement. Il faut ouvrir le chantier et le nourrir afin de ne pas manquer les rendez-vous 2013-2014.

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