Articles et rapports

21 avril 2011 :
Liaisons Sociales Europe n°276

Interview réalisé par Frédéric Turlan

Quel regard portez-vous sur l’Acte pour le marché unique ?

P.H. : C’est un progrès réel mais en demi-teinte. Ce qui est positif, c’est que nous avons une approche globale qui ne vise pas seulement à renforcer le marché intérieur, mais qui vise aussi à accroître son appropriation tant par les citoyens que par les entreprises, en introduisant dans sa construction des aspects non marchands. Ce texte contient clairement des opportunités comme la certification des compétences ou la sécurisation de la mobilité même si elle ne concerne que les travailleurs qualifiés. Le volet sur les entreprises sociales n’est pas du tout négligeable et s’ouvre aux entreprises privées, mais aussi aux mutuelles, aux coopératives et aux fondations. Le levier concernant la cohésion sociale donnera une certaine satisfaction aux élus de gauche et aux syndicats, avec la proposition de législation sur une meilleure conciliation entre les libertés économiques et les droits sociaux fondamentaux, et sur le détachement des travailleurs.

Que manque-t-il dans ce texte ?

P. H. : Même si de nombreux points sont positifs, il n’en reste pas moins qu’il y a des manques, et ils sont importants. Ainsi, en ce qui concerne le marché du travail, le texte ne répond pas au besoin de développement des compétences, qui suppose des investissements, ni à celui de sécuriser les transitions professionnelles alors que beaucoup de restructurations sont encore devant nous. Il faut aussi souligner le manque d’investissements sur le long terme alors que ce sont de ces investissements que nous avons le plus besoin. La déception concerne aussi la place accordée aux services d’intérêt économique général (SIEG), qui ne figurent pas parmi les 12 leviers en tant que tels et pour lesquels la Commission propose une énième communication. Enfin, signalons l’absence de taxation des transactions financières, alors qu’elle a été demandée par le Parlement.

Quelle suite donner à ce texte ?

P. H. : L’avenir va se jouer dans la gouvernance qui va présider à la mise en oeuvre des actions citées. Pour aboutir à ce résultat, il a fallu une forte mobilisation pendant près de quinze mois, de Michel Barnier, Mario Monti, du Parlement européen, de Confrontations Europe, mais globalement, la société civile et notamment les syndicats se sont peu impliqués. Il faut qu’ils se mobilisent aussi, et dès maintenant, car la deuxième étape a d’ores et déjà commencé. En effet, si on remet à plus tard le développement des compétences, l’investissement à long terme ou la taxation sur les transactions financières, on va perdre du temps.

CONFRONTATIONS EUROPE - 227 bd Saint-Germain 75007 Paris - 33.(0)1.43.17.32.83 (Paris) - 00.32.(0)2.213.62.70 (Bruxelles)