Articles et rapports

3 mars 2011 :
L’Union économique enfin à l’ordre du jour

article paru dans Interface n°64, février 2011

Toute initiative qui vise à bâtir l’Union économique est bienvenue. Car la coordination des politiques économiques a été inexistante dans les années 2000 et les divergences de compétitivité entre les Etats membres se sont aggravées. Elles fragilisent l’Union monétaire et menacent l’Union européenne de désintégration.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont pris le taureau par les cornes : ils proposent un Pacte de compétitivité. Après avoir hésité, l’Allemagne confirme ainsi son intérêt à consolider l’UEM. Nous devons soutenir à fond le principe d’un tel Pacte qui, à la différence des exercices technocratiques inefficaces de la « méthode ouverte de coordination », prendra la forme d’une « coopération renforcée » sur des engagements concrets.

La vivacité des réactions est à la mesure de l’enjeu. Certains pays veulent camper dans l’exercice pur et simple de la souveraineté nationale. Au contraire, des parlementaires européens souhaitent renforcer la Communauté, mais ils sont hostiles à toute voie intergouvernementale. Or l’expérience prouve qu’il n’y a aucune possibilité d’avancer sérieusement à 27 en matière de coordination des politiques nationales. Il y a toujours un Etat ou plusieurs qui refusent, tergiversent, ou demandent des compensations. L’idéal serait une volonté politique de l’Union à 27, mais peut-on imaginer que la Grande-Bretagne, par exemple, soit disposée à partager sa souveraineté afin de prendre soin des intérêts des membres de la zone euro ?

De son côté, la Commission n’a pas à prendre ombrage d’une initiative réunissant des Etats volontaires pour consolider l’Union économique. Elle-même n’a pas su dans le passé prendre l’initiative politique qui aurait été souhaitable. Elle doit donc coopérer avec les Etats qui en expriment la volonté, et se concentrer sur son rôle propre qui est de mettre en œuvre des régulations et des politiques communes. L’agenda est chargé : la rénovation du marché intérieur, la régulation bancaire et financière, la consolidation du budget européen. La coopération intergouvernementale ne dispense nullement de la voie communautaire, bien au contraire ; il faut apprendre à marcher sur deux pieds.

Ce qui intéresse les peuples quand il s’agit d’un Pacte, c’est sa substance et non pas les conflits de prérogatives. Et la réussite va nécessiter de grands efforts d’élaboration démocratique. Il faut que les peuples comprennent qu’ils doivent faire face à l’impératif de compétitivité, le but étant un meilleur emploi. En leur sein beaucoup nient encore les réalités et refusent les efforts que cela suppose. Il faut ensuite vouloir une convergence des choix nationaux, c’est-à-dire partager des engagements concrets allant bien au-delà de ceux que l’Union à 27 est disposée d’accepter. Il faudra mettre en ligne les salaires et prestations sociales avec les gains de productivité ; combattre non seulement les excès de la dette publique mais aussi ceux de la dette privée ; et consentir à réaliser beaucoup plus d’investissements et de réformes pour l’éducation, l’innovation, les infrastructures… Les sacrifices du moment se justifiant ainsi par l’espérance concrète d’un meilleur avenir.

Nous devons souligner particulièrement l’exigence de solidarité. Ainsi ce serait bien qu’au-delà de la zone euro, le Pacte inclue des pays volontaires, en proposant de les aider à réaliser leurs propres priorités de développement, par exemple réhabiliter les systèmes éducatifs et productifs dans des situations particulièrement difficiles.

Consolider l’Union économique n’est possible que si la coopération équilibre la compétition.

CONFRONTATIONS EUROPE - 227 bd Saint-Germain 75007 Paris - 33.(0)1.43.17.32.83 (Paris) - 00.32.(0)2.213.62.70 (Bruxelles)