Articles et rapports

17 janvier 2007 :
Cartes sur table

Edito paru dans Confrontations Europe la Revue n°77, janvier-mars 2007

CARTES SUR TABLE

L’heure de la clarification des options est arrivée. MM. Sarkozy, Bayrou et d’autres l’ont fait, Mme Royal se prépare. Elle sait qu’il y a une contradiction à résoudre entre un programme du PS axé sur une restauration, et les « désirs d’avenir ». Il ne reste que trois mois pour que la pédagogie et la discussion des options permettent un véritable choix démocratique.

Une bonne nouvelle est que la revalorisation du travail et des travailleurs est enfin à l’ordre du jour. Le mot de « rupture » a vraiment là un sens : il faut rompre avec bientôt trente années de politiques publiques de traitement social du chômage, d’assistance ou de précarité plutôt que de formation et d’emploi. Les responsabilités du capitalisme français sont ici également en jeu. Extraire les jeunes de la peur, qualifier, recréer un ascenseur social : c’est un nouveau choix de société. Il est temps de dire comment collectivement et individuellement nous pourrons l’assumer.

Autre option annoncée, la réduction de la dette publique. M. Bayrou est ici en pointe ; les députés UMP et PS Lambert et Migaud ont su s’entendre pour doter notre pays d’un nouvel instrument de renationalisation des choix budgétaires. Mais là aussi le problème du pilotage politique et des comportements est excessivement difficile. Les preuves s’accumulent que la qualité et l’efficacité de l’éducation, la recherche et d’autres fonctions collectives s’est dégradée : pas de réforme possible si l’on cède a priori aux demandes de moyens supplémentaires, quand la responsabilisation commence par l’effort de redéfinition des missions et de relations nouvelles avec les entreprises.

Le désarroi de la France est criant s’agissant de sa place en Europe. Quand la gauche ou M. Bayrou réclament une renégociation constitutionnelle suivie d’un referendum national, ils veulent que l’Europe offre un nouveau droit de veto à la France et ne tiennent pas compte des réalités : la division et la non coopération des Etats ne permettent pas actuellement une issue constitutionnelle. L’humilité et la raison plaident pour que la France accepte la négociation d’une réforme institutionnelle reprenant des avancées du projet qu’elle a refusé. Mais elle doit aussi être capable d’être à l’initiative dans des domaines comme l’énergie, la recherche, la mobilité, au lieu de faire constamment de la résistance. C’est pourquoi je propose* la préparation d’un nouvel « Acte Unique », cette méthode par laquelle les Etats s’obligent vraiment à coopérer dans des domaines précis en fonction du bien commun.

Tout ceci appelle le choix d’une nouvelle méthode de gouvernement. M. Sarkozy assume un choix présidentialiste et n’est pas pour la participation de la société civile. Mme Royal dit viser une démocratie participative, mais de quoi parle-t-on ici, demande Claude Fischer. Elle cite Alain Duhamel : on ne gouverne pas sur le sable de l’opinion. Pour que la société puisse participer réellement il faut lui donner des responsabilités. C’est incompatible avec la centralisation des pouvoirs, comme avec le monopole des partis et de leurs professionnels de la politique. Nous ne sommes pas des moutons qui doivent s’enrôler dans un camp qui fait la guerre à un autre camp. Et non, tout n’est pas possible quand un camp a gagné. Ecoutons ce que dit le Sénateur américain Barak Obama : « Ce n’est pas l’ampleur de nos problèmes qui me préoccupe le plus, c’est la petitesse de notre vie politique […] la politique est devenue si âpre et si partisane […] que nous ne sommes pas en mesure de faire face aux grands problèmes qui appellent des solutions »** . Bon vent, citoyens électeurs.

Philippe Herzog, président de Confrontations Europe, le 17 janvier 2007.

* « Un nouvel Acte Unique au cœur de la relance de l’Europe ». Disponible également sur www.confrontations.org

** “Challenging has they are, it’s not the magnitude of our problems that concerns me the most, it’s the smallness of our politics […] politics has become so bitter and partisan […] that we can’t tackle the big problems that demand solutions”, Cf. Financial Times, 17/01/07.

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