Articles et rapports

12 mars 2009 :
France et Allemagne face à leurs responsabilités

Article paru dans le quotidien La Tribune

La convergence franco-allemande en vue du G20 d’avril ne doit pas masquer les tensions et même les divergences qui séparent les deux Etats sur la stratégie face à la crise, et qui se focalisent sur la coordination des politiques nationales. La présidence française de l’Union a eu le mérite de provoquer un début de coordination, mais en ce début 2009 la confusion prévaut. Côté allemand, la crise n’est plus sous-estimée comme il y a six mois, mais la réticence à coordonner les politiques au niveau de l’Union reste colossale. Et la Communauté ne joue pas son rôle de cohérence et d’impulsion. La Commission et le Conseil Ecofin se polarisent sur la discipline budgétaire pour l’après-crise alors que le Pacte de stabilité explose : les Etats seront obligés de soutenir la demande pendant plusieurs années. L’Union ne parvient même pas à mobiliser 5 milliards d’€ de crédits non utilisés sur le prétendu « budget » européen.

La cohésion de l’Union est mise à mal. Les plans nationaux ont des effets pervers sur les voisins. Les aides publiques remettent en cause le marché intérieur. Les nouveaux pays membres hors zone euro sont en péril et se tournent vers le FMI. Les spreads sur les taux d’intérêt de la dette publique différencient les Etats membres de l’euro. Mais l’Union reste passive, elle ne se voit qu’en gardienne des règles antérieures.

L’Allemagne ne veut pas à ce jour envisager des réformes de l’UEM et la France n’avance pas encore une perspective en ce sens. C’est dire la prégnance de cultures nationales étroites et rivales. En France on célèbre et on exige le retour de l’Etat, en Allemagne on exprime la crainte dudit retour et le souci de conserver le compromis actuel au sein de l’Union. L’ordo-libéralisme d’après-guerre demande à l’Etat de bâtir les règles dans le cadre desquelles la société civile peut cogérer et les marchés fonctionner. C’est ce modèle allemand qui a gagné dans la conception de la Communauté européenne : on y partage des règles de marché et peu de politiques communes ; en vertu de la « subsidiarité » les Etats sont seuls responsables de la politique macroéconomique et des fonctions collectives et ils ne visent que l’intérêt national. L’intérêt européen n’est pas construit.

Face à la crise, l’Etat fédéral a été obligé d’intervenir. Ses dirigeants critiquent vigoureusement ceux de la France quand ils défendent leurs « champions nationaux », pourtant M. Steinbrück a lui-même préconisé au moins un champion allemand par secteur. En France, l’action de l’Etat est d’efficacité limitée en raison du retard des réformes structurelles et des handicaps de compétitivité ; et si nous prêchons la coordination, nous nous exposons aussi au reproche de manque de solidarité.

Les tensions sont exacerbées par la compétition intra-européenne , où nos deux pays ont des positions dissymétriques. En moyenne un exportateur français a 8 chances sur 10 de rencontrer un concurrent allemand vendant le même produit sur le marché. Tandis que l’Allemagne accumule des excédents commerciaux, la France accumule des déficits.

L’échec des coopérations industrielles est dramatique : le retrait de Siemens d’Areva, les conflits entre SNCF et Deutsche Bahn, entre La Poste et Deutsche Post, viennent après les ruptures dans les télécommunications et dans l’industrie de la santé. La politique européenne de la concurrence n’incite pas à la coopération : seules des politiques industrielles européennes le pourraient.

Ce diagnostic a conduit les auteurs du livre « A la recherche de l’intérêt européen » à préconiser d’organiser des rapprochements sur deux terrains où l’intérêt mutuel – et celui de toute l’Union – peut être prouvé. Premièrement, nous devons doter l’Union d’une politique macroéconomique, sinon en guise de sortie de crise, nous connaitrons après une récession longue et profonde, une croissance quasi nulle. Il nous faut le plus tôt possible une gouvernance efficace pour gérer des mécanismes de solidarité et financer des investissements d’intérêt général européen. Il faudra ensuite entreprendre une réforme de l’UEM pour la doter d’un vrai budget et d’une autorité politique : au-delà de Maastricht, c’est un new deal !

Deuxièmement, nous ne devons pas laisser détricoter le marché intérieur mais au contraire le consolider et en faire un camp de base pour les entreprises européennes dans la mondialisation. Il est aisé de désigner les domaines où des coopérations s’imposent : pour que nos engagements sur le front de l’environnement se traduisent par le développement d’une industrie verte ; pour doter le continent d’infrastructures paneuropéennes qui à la fois concrétiseraient le lien de nos sociétés et doteraient l’Europe de nouveaux avantages compétitifs ; pour promouvoir massivement le capital humain et son initiative, alors qu’au contraire le déclin démographique et l’obsolescence des systèmes de formation engendrent partout un déficit de compétences. Pour assumer ces objectifs, nous proposons de préparer un nouvel Acte unique européen.

Au cœur de l’Union à 27, le rapprochement entre la France et l’Allemagne reste un impératif pour avancer.

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