Articles et rapports

20 octobre 2008 :
A la recherche de l’intérêt européen

Article paru dans Interface spécial n°41

La première initiative de coordination des politiques économiques européennes a eu lieu début octobre. L’évènement a marqué les esprits. Mais la crise bancaire n’est pas finie, la récession risque d’être sévère, la crédibilité des Etats sera mise à rude épreuve, les impacts sociaux peuvent entrainer des réactions très vives et nourrir la radicalité plutôt que la construction.

L’Union va devoir maintenant accomplir trois tâches majeures : une politique macroéconomique commune ; transformer le système financier en inventant une finance plus patiente ; devenir un véritable acteur politique global(1) . Consolider l’UEM et l’Union dans son ensemble est en effet indispensable pour que l’Europe évite une récession profonde et longue, une nouvelle perte de cohésion, et un affaiblissement de son potentiel de croissance. A l’échelle globale l’Union devra parler d’une seule voix et au nom de tous ses membres.

Depuis des années l’Union s’est contentée de solliciter des politiques structurelles chez les Etats-membres et a négligé de se doter d’une politique macroéconomique. Cette carence a freiné l’innovation et la croissance potentielle, et dans l’immédiat complique singulièrement la réactivité à la crise. Pour la régulation et la supervision, on s’est heurté aux souverainismes nationaux, ce qui est aberrant quand les établissements financiers ont une intense activité transnationale. Il faut établir la supervision européenne ; utiliser des fonds pour répondre à l’impératif de solidarité, car les défaillances auront des impacts asymétriques selon les entreprises, les collectivités publiques et les pays ; réunir des investisseurs publics et privés dédiés au long terme. Les investisseurs financiers devront oublier les rendements faramineux et l’Union devra accepter la présence des Etats dans le capital de banques et d’entreprises. La crise va mettre à l’épreuve l’UEM elle-même. La question des taux de change va ressurgir et les ratings des Etats risquent d’être différenciés. Face à l’exigence croissante d’une relance économique, il serait surréaliste que la prochaine discussion sur le budget ne concerne que l’après 2013, comme c’est actuellement prévu. Les Etats alignent des centaines de milliards d’euros pour soutenir les banques. Même si une partie n’est que virtuelle, leurs poches ne sont pas sans fond. Il est donc crucial que l’Union se dote de ressources propres pour financer de nouveaux moteurs de croissance.

Bientôt il faudra engager le débat politique pour refonder la stratégie de l’Union. Il s’agit à mon sens pour l’Europe de dépasser maintenant la relance des années 1980-90, dont l’essoufflement historique et la perte de capacité d’impulsion sont flagrants. Je veux souligner le problème de la méthode. Avant le 12 octobre c’était chacun pour soi, et les mythes de l’Europe à la carte fleurissaient. Pour renforcer l’Union et retrouver les citoyens, il faut maintenant inventer une gouvernance démocratique. Nous appelons à préparer un agenda de renouvellement des politiques communes dans le cadre d’un processus interactif associant tous les pays membres. Les auteurs que nous avons réuni pour notre livre collectif « A la recherche de l’intérêt européen », souhaitent que cet effort commence sans retard, dans des circonstances exceptionnellement graves, afin de déboucher le plus tôt possible sur une nouvelle dynamique communautaire.

(1) L’ouvrage collectif, « A la recherche de l’intérêt européen », dont je viens de diriger la préparation, réunit dix-huit auteurs, grands économistes, acteurs de la société civile et hauts fonctionnaires de la Commission. Il éclaire les conditions à réunir pour que l’Europe rétablisse sa capacité de croissance et de prospérité, et devienne simultanément un acteur global. Cf. Editions Le Manuscrit - www.manuscrit.com -, octobre 2008.

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