Intervention au Mardi de la philo du 3 octobre 2017

L’impuissance économique est un état d’esprit qui règne de nos jours mais qui masque le fait qu’il s’agit plutôt d’une carence politique. Ce n’est certainement pas une fatalité. L’économie s’est transformée tout au long de l’histoire, elle se transforme brutalement aujourd’hui du fait de grandes mutations, et n’oublions pas qu’elle se transformera encore demain. Cela dépend de nous. L’économie répond à des besoins fondamentaux (à commencer par les besoins de consommation), ce n’est pas simplement un espace où l’on cherche le profit. C’est donc un champ d’espoirs et d’initiatives qui ne se réduit pas à des images manichéennes. Il faut valoriser l’économie, elle a une noblesse, car il est difficile de transformer la nature en produits et en services qui sont nécessaires pour que les gens vivent en société et bénéficient d’un certain bien-être. L’économie ce sont aussi des rapports sociaux et humains, et évidemment des luttes, beaucoup de créativité, des efforts d’organisation du travail, des prises de risques et des facultés d’échanges. Il y a donc une ambivalence de l’économie : sa valeur, mais aussi évidemment ses manquements, les luttes auxquelles elle donne lieu. En termes philosophiques, c’est un combat entre la liberté individuelle et le bien commun, entre l’homme et la nature, entre l’homme et ses créations (on le verra de plus en plus avec les robots et l’intelligence artificielle) et même entre les hommes entre eux car il y a des divisions dans la société : tout le monde n’est pas en capacité de s’inscrire de la bonne façon dans le système socio-économique.

Intervention au Mardi de la philo du 19 septembre 2017

Nous allons nous embarquer pour une croisière sur le fleuve Europe. Le titre d’un de mes derniers ouvrages était « Le bonheur du voyage », et j’espère que nous allons partager ce moment ensemble avec bonheur. Puisque nous sommes aux Mardis de la Philosophie, je commencerai par Platon. Jan Patocka a écrit un très beau livre, « Platon et l’Europe », où il montre que la philosophie grecque a défini la liberté humaine sous le vocable « prendre soin de l’âme ». L’ambition est immense : il s’agit de faire parvenir l’homme à une situation semblable à celle des dieux. Ceci est à la base de notre héritage européen. Pour Platon, l’âme rend les hommes capables de vérité, selon lui par l’activité philosophique prioritairement, ce qui entraîne de grandes exigences : la formation de soi-même, le projet d’une Communauté nouvelle, une capacité de vision du monde.

Conférence à la Maison de l'Europe de Paris, le 3 octobre 2016

 

Nous sommes aujourd’hui réunis pour parler de la question de l’identité européenne comme enjeu politique. Depuis de nombreuses années j’étudie les domaines de l’éthique et de la culture, qui sont au cœur de la crise de la civilisation européenne. De grands penseurs comme Paul Valéry et Hannah Arendt l’analysaient déjà dans l’entre-deux guerres. Aujourd’hui beaucoup de travaux examinent ses développements. La civilisation, c’est ce que des sociétés partagent sur de très longues durées : culture, relations socio-politiques, et économie. Ces trois dimensions sont imbriquées.

Régénérer l’Europe

La transcendance, c’est-à-dire la capacité de nos sociétés à se régénérer, est une question d’actualité. En effet face au besoin de grands changements nous faisons le constat d’un blocage. Pour quelles raisons et comment le surmonter ?

C’est par cette question que Philippe Herzog a introduit son analyse qui, partant de la crise et des mutations de notre civilisation, c’est-à-dire ce que nos sociétés européennes ont partagé sur une très longue période, essaie de dessiner les voies d’une issue.

Assises nationales des think tanks, Sénat, 4 juillet 2016.

Vous avez souligné le fait que le think tank Confrontations Europe existe depuis 25 ans, j’ajouterai que je l’ai fondé avec Michel Rocard ; et j’ai aujourd’hui une pensée pour lui, car Michel Rocard était un très grand Européen. Cela dit, nous avons eu un désaccord, à propos du Brexit. Il souhaitait le départ des Anglais. Pour ma part, je crois que le Brexit est le premier élément significatif du risque de décomposition de l’Union, dont la portée est mondiale. Lire la suite...