Libre Propos pour la revue Confrontations-Europe n° 124

 

D’AUTRES OPTIONS DOIVENT ETRE ENVISAGEES

 

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Le mouvement des gilets jaunes a fait surgir des réalités sociales que les dirigeants du pays ne voyaient pas et une exigence populaire de participation. Emmanuel Macron a reconnu que la révolte était juste et le débat national qui s’engage s’annonce ouvert… mais le président ne veut pas revenir sur certaines mesures ni changer le cap de son programme. Pourtant le débat devrait aboutir à des corrections et ouvrir d’autres options.

On ne peut pas durablement défendre le pouvoir d’achat et atténuer les inégalités par la dépense sociale dans un pays qui ne crée pas assez d’emplois et de ressources disponibles. L’examen critique de la politique économique doit donc s’inviter dans le débat. Les réformes pour libéraliser le marché du travail et faciliter l’accès à la formation professionnelle et continue sont justifiées mais leurs impacts seront limités par les énormes carences de l’offre de formation. La faiblesse des investissements publics, humains et productifs et de la compétitivité de la France sont des handicaps qu’un pouvoir central prenant appui sur une hyper-administration ne pourra pas lever. Il est crucial de donner pouvoir aux collectivités et aux acteurs territoriaux pour mobiliser les porteurs de projets.

La fiscalité est dans le débat mais cette question est indissociable d’une autre, populaire, « où va l’argent ? ». Le président a préféré miser sur l’entrée des capitaux extérieurs et la confiance des plus fortunés pour financer l’économie française. Il justifie ainsi la suppression de l’impôt sur la fortune, il faudrait au contraire rendre cet impôt incitatif. D’autre part, une compression massive des dépenses administratives improductives permettrait une réallocation des ressources budgétaires, et l’abondante épargne des Français devrait être orientée vers des investissements de long terme dont les coûts et les risques seraient réduits par la mutualisation des ressources. Il est grand temps de faire rentrer la finance en société.

La question démocratique est irrépressible, il faut s’attaquer au clivage profond qui s’est creusé entre les « élites » et le « peuple ». La légitimité électorale du pouvoir est réelle mais sa représentativité sociale est faible. La suppression du monopole de l’ENA pour l’accès aux fonctions publiques dirigeantes est donc une revendication juste. L’expérimentation d’un référendum d’initiative citoyenne sera utile si elle ne s’inscrit pas dans l’exercice d’une démocratie directe conçue comme un contre-pouvoir. Co-construire implique de s’attaquer à l’élitisme républicain dès l’école, susciter une rotation des rôles dirigeants, assurer l’accès de la société civile aux institutions, créer un espace public de communication…

Le rapport de la France à l’Europe ne saurait être absent du débat national et renvoyé aux joutes électorales à suivre. Emmanuel Macron a raison de prôner une « souveraineté européenne » mais nos Etats nations, français et allemand inclus, cultivent la souveraineté nationale. Ils sont rivaux et non coopératifs sur un marché dominé par les puissances financières. Dans ces conditions, la plupart des mouvements populaires, en France comme ailleurs, se replient sur la nation. Posons-nous la question : quelles politiques communes voulons-nous partager ? Pour créer un désir d’Europe, une volonté d’appartenance, celles-ci devront pouvoir toucher directement les gens dans leur vie

quotidienne. Des priorités absolues sont aujourd’hui négligées alors qu’elles toucheraient directement les gens dans leur vie quotidienne : l’accès à un marché européen du travail et de la formation, une éducation européenne, la rénovation de l’habitat et des transports, une division intracommunautaire du travail... Il faut impérativement faire appel aux acteurs de terrain pour qu’ils créent eux-mêmes les solidarités humaines, productives et écologiques qui dynamiseront l’Union. Ils devront pouvoir multiplier les projets en coopérations transfrontières qui créeront une cohésion interterritoriale.

L’Union devra aussi se doter d’attributs de puissance publique pour être capable d’initier un nouveau régime de croissance en Europe et de devenir un véritable acteur géopolitique : un budget européen, une Union de financement, une stratégie de compétitivité industrielle. Ceci n’est possible que si on entreprend une grande transformation du capitalisme en Europe, car les inégalités de puissance entre les Etats européens, entre le capital et le travail, sont sources de déséquilibres fondamentaux. Des luttes sociales convergentes doivent s’emparer de ces défis. Elles doivent aussi ouvrir les portes de l’immigration dans une perspective hardie de co-développement.

Depuis le traité de Maastricht, les campagnes pour les élections européennes ont été conduites en sur-jouant un choix entre « pour ou contre l’Europe », alors que nous aspirons tous à l’Europe autrement. Sur le continent tous les peuples européens veulent massivement rester dans l’Union mais tous sont insatisfaits de sa politique. Pour la première fois essayons d’avoir un débat sur les mandats que nous voulons voir assumer demain par les dirigeants des institutions communautaires. Françaises, Français, encore un effort pour devenir Européens !

 

14 janvier 2019

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D'une révolution à l'autre. Mémoires

 

  

Philippe Herzog, l'enthousiasme européen,

article paru dans La Nouvelle République le 13 octobre 2018

 

Du Parti communiste à l’Europe, Philippe Herzog décline cinquante ans de vie publique et politique dans un livre de mémoires. Avec la passion et l’enthousiasme d’un jeune homme de 78 ans.

 

"Je revendique d’être un intello qui va au charbon". La voix est aussi douce que le propos décidé et réfléchi. Cinquante ans consacrés à la vie politique et un itinéraire qui peut dérouter : Philippe Herzog ne renie aucune étape de son parcours et remonte le fil du temps avec D’une Révolution à l’autre (éditions du Rocher).

Un livre de mémoire(s) : « La rédaction du livre m’a apaisé. Je n’ai aucune amertume, mais sans doute avais-je besoin d’expliquer les fondements de mon itinéraire politique. » Le sourire qui accompagne le constat est réjoui. Comme l’homme qui, sous les costumes de professeur d’université et d’acteur politique, peut aussi se révéler malicieux. Il faut dire que ce grand cinéphile a été pendant plus de vingt ans membre du Parti communiste avant d’en claquer la porte et de suivre son idéal européen à Strasbourg et à Bruxelles.

"D'une révolution à l'autre"

C’est non loin du palais du Luxembourg, où siègent les sénateurs, que Philippe Herzog a fixé le rendez-vous. Comme un pied de nez aux sphères du pouvoir républicain au sein desquelles il a passé tant d’années. Comme acteur. Comme observateur aussi. Et redoutable analyste à la pensée étayée par une érudition remarquable.

Mais ce brillant intellectuel pour qui l’Europe restera sans doute comme son ultime combat, sait aussi raconter, expliquer. Se confier même. D’une Révolution à l’autre, d’une lecture parfois ardue pour le néophyte, est un livre où les souvenirs se déclinent entre économie, politique, philosophie et histoire.
« J’ai eu la chance d’être un ouvrier. Je ne suis pas issu d’une bulle élitiste. » Sa mère a grandi dans le Pas-de-Calais avec les Houillères comme univers. Son père est un immigré croate. Ingénieur en Lorraine. Et inventeur d’aciers spéciaux.

 

Je n’aime pas le mot "populisme" parce je ne veux pas stigmatiser des populations qui souffrent

 

Enfant de la sidérurgie, Philippe Herzog partira à Paris à l’âge de 17 ans. Il sera polytechnicien et agrégé d’économie. « J’ai vécu la désindustrialisation qui a été un traumatisme national. J’ai vu et partagé les souffrances de plusieurs amis en Lorraine qui ont subi ce drame de la fermeture des usines et du chômage. J’ai vu les espoirs suscités par de vaines promesses et le dur retour à la réalité d’une France profonde qui s’est retrouvée perdue. Vous savez, j’ai des amis qui ont voté FN. Je ne peux pas leur en vouloir, même si je ne peux pas être d’accord avec ce choix. » Il l’affirme haut et fort : « Je n’aime pas le mot “ populisme ” parce je ne veux pas stigmatiser des populations qui souffrent. »
"Je déteste la radicalité"Cet homme-là cultive la fidélité à ses origines, ses convictions, ses engagements, ses idéaux. Selon Philippe Herzog, la classe politique n’anticipe pas le désastre économique et industriel des années soixante-dix qui suivent les années prospères d’après-guerre. « Les énarques ont pris le pouvoir et la parole des scientifiques n’est plus entendue. C’est dans ce contexte que j’entre au Parti communiste, mû par un désir de cogestion entre travailleurs et politiques. Dès mon arrivée, je suis un “ réformateur ”. »

Plus qu’utopiste, Philippe Herzog veut participer à l’évolution de la société. De l’intérieur. Pas sûr qu’il y soit arrivé… Il quitte le PCF en 1996, plusieurs années après avoir compris qu’il n’y avait pas sa place ! « Je déteste la radicalité », lance-t-il, non comme une provocation, mais plutôt comme une explication.

« La démocratie devrait être une sorte de communauté politique où chacun pourrait s’exprimer. Mais aujourd’hui, la démocratie est sclérosée. Les citoyens ont délégué les décisions à des élus qui n’agissent plus dans l’intérêt général. Ce qui a entraîné une vraie désaffection des Français pour la politique. » Pour l’analyste politique, il n’y a plus de droite ou de gauche. Ne reste « qu’un théâtre au jeu de pouvoirs. »
Mais il fait aussi son autocritique : « Ma génération a failli en ce sens qu’elle n’a pas su faire muter la société, le système. »

Avec le "premier de cordée", Macron a commis, selon moi, une grosse faute de communication et d’image
 

L’économiste rêve d’une France qui « développe des projets et qui accepte de se réformer. » Et le philosophe émet plusieurs recommandations : décentraliser les organes de décision, mettre en œuvre une rotation des élites (il préconise la suppression de l’Ena), redonner du sens et du contenu à l’éducation et donner à tous les citoyens l’accès à l’information. Son constat est sévère pour la France d’aujourd’hui. « “ Premier de cordée ” : Macron a commis, selon moi, une grosse faute de communication et d’image. »

Pourtant, il l’a écrit : il a eu de l’espoir avec l’émergence des Marcheurs. « Mais c’est vite devenu un parti présidentiel. Emmanuel Macron aurait dû prendre le temps de labourer son terrain en allant voir les gens, mais il a été trop pressé et a bénéficié d’une envie de “ dégagisme ” typiquement française. Il a lancé de bonnes choses sur l’éducation, la formation professionnelle, la réforme du marché du travail, le souci de faire prévaloir l’inclusion des gens plutôt que procéder par assistance. Mais il n’a pas de stratégie industrielle, il ne réforme pas l’État et ne fait pas appel aux forces vives. En plus, il donne des leçons. »
"Les Européens doivent construire ensemble"Alors, il reste l’Europe pour nourrir son optimisme. « Il lui faut un projet fédérateur axé sur la refondation de la communauté avec la création d’une communauté politique dans une recherche du bien commun. Les Européens doivent construire ensemble pour exister face à la superpuissante Chine et aux États-Unis. C’est leur intérêt vital. J’ai besoin que l’Europe devienne une puissance publique qui pourra nouer des collaborations, créer des échanges et qu’elle parle d’une seule voix. »

La méthode Herzog tient en quatre points. Un agenda européen avec des priorités claires. Un projet politique global avec une stratégie économique et industrielle commune aux pays européens. Une défense-sécurité pour protéger. Une solidarité à la place de la concurrence pour créer une prospérité commune qui englobe l’éducation, les transports, la cohésion du travail.

« Dans l’immédiat, il faut faire attention à l’aggravation du chaos européen, dans un paysage fragmenté sans solution d’envergure. Le Brexit en est une illustration. Il faut en tirer les leçons. »

Intarissable : la (re) construction européenne, les engagements moraux et spirituels, l’environnement, les enjeux de l’intelligence artificielle… Autant de sujets qui captivent un jeune homme de 78 ans qui n’a rien perdu de son enthousiasme, ni de son envie de changer le monde pour le bien-être des hommes, et qui rebondit d’une idée à l’autre en ne perdant jamais le fil de sa pensée. Philippe Herzog est un constructeur, un bâtisseur humaniste. « J’adore la contradiction parce que je cherche le meilleur. »

« D’une Révolution à l’autre » de Philippe Herzog est publié aux éditions du Rocher.

 

https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/philippe-herzog-militant-europeen

 Emissions et débats autour du livre

"D'une révolution à l'autre - Mémoires"

Editions du Rocher, octobre 2019.

 

- 22 janvier 2019 : Les mémoires d'un grand européen, article de Daniel Fortin paru dans Les Echos, rubrique "Idées et débats', Le Livre du jour, 22 janvier 2019

- 11 janvier 2019 : Un livre, un lecteur. Florence Berthout reçoit Antoine Arjakovski sur RCJ. Voir la vidéo sur youtube

 - 27 octobre 2018 : Le grand Oral sur RTBF, L’extrême gauche porte souvent la parole des gens qui souffrent

- 13 octobre 2018 : Philippe Herzog, l'enthousiasme européen, article d'Anna Irjud, La Nouvelle République

- 6 octobre 2018 : Emission Planisphère avec Hugo Billard sur Radio Notre Dame, Du PCF à l'UE, les mémoires de Philippe Herzog

- 5 octobre 2018 : L'invité de Yannick Urrien sur Kernews, En France, la social-démocratie n'a jamais réussi à exister

- 11 septembre 2018 : Chroniques littorales de José Manuel Lamarque sur France Inter, Géopolitique européenne avec Philippe Herzog

 

 

Recommencer l'Europe par la culture, article d'Eric Le Boucher paru dans Les Echos, 23 mars 2017

La culture et l'avenir de l'Europe, débat entre Philippe Herzog et l'historienne Sandrine Kott lors de la conférence de l'Université Populaire du 14ème, Paris, le 1er avril 2017, youtube

La jeunesse et l'Europe, Conférence "les rendez-vous d'Europe", Rennes, le 27 mars 2017, écouter l'intervention de Philippe Herzog

La montée du populisme dans le monde, Ecouter Le grand débat, Africa n°1,  10 novembre 2016

Ne répétons pas en Europe et en France les erreurs américaines, Lire l'Interview Le Cercle, Les Echos, 9 novembre 2016

L'Union européenne est une nécessité pour la paix et la sécurité sur le continent, article paru dans La Voix du Nord, 12 mars 2016

Le devoir de renaissance culturelle
Plus de soixante ans ont passé depuis la création de la Communauté européenne. Le monde et la société ont profondément changé. L'Union à six s'est élargie à vingt-huit. La refondation du projet politique européen et de ses institutions est indispensable, elle appelle une renaissance de la culture européenne. Un vaste effort individuel et collectif doit être entrepris pour renouveler les valeurs et les imaginaires, confronter les récits nationaux et partager des projets. C'est un combat de civilisation qui doit s'enraciner dans de nouveaux engagements.Lire l'article...

Combat pour la civilisation
Publié sur www.latribune.fr le 23 novembre. Philippe Herzog et Claude Fischer réagissent aux attentats du 13 novembre et s’adressent aux jeunes et aux populations frappés par les événements de façon à combattre l’entreprise de déculturation des organisations terroristes.
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Interview dans l’émission "Le temps de l’Europe" radio RCF Belgique
Ecouter l’émission sur youtube
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Après Charlie, nous réunir sur ce qui nous rassemble, travailler sur ce qui nous divise
Article publié sur Slate le 4 février 2015
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Vers une autre Europe 
Propos recueillis par Jacques Masurel pour la revue Teilhard Aujourd’hui n°50, juin 2014
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Stop à l’irresponsabilité
Article publié sur Huffington Post
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